Née en 1969 d’un père Serbe et d’une mère française, Nathalie Bibougou vit et travaille à Paris.Formée aux Beaux-Arts de Paris auprès de Jean Michel Alberola, elle a aussi fréquenté The School of the Art Institute of Chicago aux Etats Unis.

Ses peintures sont issues de ses propres photographies et dessins. C’est l’instantanéité et le mouvement inhérent à ces photographies que veut saisir l’artiste. L’esthétique froide et lissée de la photographie est cependant contredite par un traitement pictural sensible, subtil, annihilant quelque peu ce détachement de la photo par rapport à son inspiration première.Cette affirmation du geste peint et de sa sensibilité picturale est accentuée par la taille des châssis, qui à l’instar de l’écran cinématographique entraine une perte de la dimension humaine.

Par un cadrage serré elle place le spectateur en immersion dans la toile ou dans une situation de voyeur.
Des réminiscences de l’histoire de la peinture, de récits mythologiques, de contes populaires traversent la peinture de Nathalie Bibougou ou le réel se révèle en surréalité.Comme un metteur en scène, elle distribue des rôles.

Ses modèles incarnent des personnages romanesques, fabuleux, fantasmés. Elle compose les éléments du tableau à la recherche de la juste correspondance entre des images mentales faites d’onirisme et celles du monde réel.

Le travail de Nathalie Bibougou s’inscrit ainsi dans une tradition purement picturale, nourri d’histoire de l’art et de références artistiques. En alternant des séries différentes, l’artiste cherche par ses va et vient à résoudre des problèmes inhérents à la peinture.Chaque recherche s’enrichissant des découvertes précédentes.

Texte de Jean francois Mozziconacci, 2002.

Qu'en est-il de l'Art aujourdhui...?
...Et qu'en est-il de la peinture dans ce monde contemporain ou l'image foisonne et vomit ses horreurs au quotidien, saupoudrant ses excès réels d'images cruelles et effrayantes par une surenchère de poudre aux yeux, de mascaras surfaits, de pacotilles hors de prix...Toutes ces manipulations médiatiques qui nous feraient prendre nos visions sincères pour des lendemains qui enchantent...?

Depuis l'aube des temps, la brièveté de notre présence sur terre et notre éternelle absence dans ce que nous sommes amenés à appeler "la mort" ne cessent de vouloir être captés par les artistes, et, à fortiori, les peintres...Mais qu'en est-il de tout celà aujourd'hui face au chaos d'un monde en danger d'implosion permanente qui nous renvoie sans cesse à notre futilité fondamentale...J'ai toujours été surpris par ma vision personnelle d'une des toiles de Nathalie Bibougou: "Crucifixion", qui représente de façon sur-mesurée, les pieds joints d'une personne de sexe indéterminé...
un peu comme le détail d'une Piéta sans les stigmates profondes qu'auraient laissé dans les chairs et les osselets broyés, le passage forcé d'un énorme clou de fer rouillé.

Car il subsiste toujours dans son travail précis de peintre, dans son attachement sans faille aux détails, donc...une sorte d'immobilisme, un je ne sais quoi de l'ordre de l'arrêté, une profonde douceur figée des regards des modèles, une pose comme sur-ajoutée, un arrêt sur la vie, qui interroge plus qu'elle ne montre.

Ces figures, jeunes pour la plupart, elixirs de jouvence qui nous regardent plus qu'elles ne se montrent finalement, semblent transfigurer l'espace décrit et soulever le voile léger du réel pour nous faire découvrir une réalité bien plus lourde...de sens, de pertes, de chairs et de sangs...
Les crânes humains, la présence d'animaux morts, ensanglantés, tués, côtoient la grâce de jeunes gens resplendissants de vie et d'amour, comme autant d'associations d'images spontanées.
Bien entendu, le crâne humain est la figure de proue de toute vanité. C'est l'écrin magique et la seule clé qui nous ait été laissée pour tenter de comprendre notre dérisoire destin sur terre.
A travers ses délicates intentions peintes, Nathalie Bibougou nous permettrait -elle de percevoir l'absurdité de notre requète à vouloir retrouver absolument l'Eden...

Texte de Bernard Dessauvages, 2012.

When I paint a picture, I let arise irrational images without giving them any prior explanation, they are necessary to me and I paint them, they are sometimes compulsive visions never premeditated. There in my recent paintings this tendency to irrational, as a double plane of reality and fantasy.
For me, when a painting is completed, the question still remains, what belongs to the real or dream remains undefined. I think that instead of explaining the images, we'd better accept them as they are. There is no unambiguous interpretation. We should be content whether they are loath us, move us, we attract.
Portraits of women and the disturbing presence of animals or plants are for me image associations spontaneous, I do not seek in any way to illustrate this link. If in my paintings, dead animal rubs a female figure, it's probably because for me, life and death are intrinsically linked, but I did put any literary symbol or manufactured. My paintings have an immediate meaning foremost. Deer, dogs, cats, birds ... are visual obsessions that seem to me one way or another and take their place on the canvas. Why, I do not know, maybe this is the instinctive part of the animal that interests me because it does not obey human laws. Sometimes an unexpected or disturbing element arises and may suggest a dimension to a portrait can be truer than the simple reality. I do not care about either whether my paintings are beautiful, even if paradoxically, I paint them with care. As in life beauty alone does not really exist and always rubs more or less strange ugliness.