Rose: 2009, diptyque.

Ce diptyque de Nathalie Bibougou articule et réfléchit un ensemble de codes. La disposition des deux jeunes femmes en miroir, le regard tourné vers le spectateur, lui indique que l’œuvre doit être appréhendée comme un lieu de réflexion, aux deux sens du terme. Le spectateur est ainsi confronté au reflet d’une jeune femme noire dont la beauté correspond aux canons occidentaux : cheveux lisses, minceur, traits du visage tirant vers le type caucasien, africanité peu marquée, vêtements européens à la couleur « branchée ». La pose est topique de la peinture classique, le modèle est assis de trois-quarts dans un fauteuil bourgeois. Ce qui devrait être tout autre est réduit au même – on ne voit que soi dans le miroir. Pourtant, ce reflet est faux et la falsification est signifiée par l’erreur introduite dans la peinture au sein du diptyque, soulignée par le titre : la veste bleue se reflète en rose.

Emilie Bouvard. 2009. 

Ma rencontre au Select boulevard du Montparnasse  avec le cinéaste Melvin Van Peebles en 1999 a été déterminante dans mon parcours artistique.
Tout d'abord le personnage, touche à tout pronant l'éclectisme,  plasticien, musicien, écrivain, acteur, réalisateur. Bien qu' autodidacte, Melvin van peebles dans le refus de tout cloisonnement artistique, passe d'un médium à un autre avec l'aisance et l'audace de l'anti conformisme.
Ami de jeunesse de mon oncle Pierre Pichambert à la Cinémathèque Française Henri Langlois ou il travaillait dans les années 60, leurs retrouvailles m'ont incluse dans le cercle de leur amitié.  Une relation passionante, singulière, s'est construite entre cinéma et peinture, Paris et New-York. Dans cet entre deux, la découverte des états unis bien sur, de ses musées, de ses artistes ont été une source inépuisable d'énergie et d'inspiration, notament pour la peinture très présente à New-York à l'époque et totalement absente à paris dans les années 90 à 2000. Ces voyages réguliers outre Atlantique m'ont permis de croire en l'avenir de la peinture bien que déclarée morte sur la scène artistique Parisienne.
Quand Melvin écrivait un scénario, je peignais un tableau, j'écoutais beaucoup, j'aprenais. Au fil des ans des collaborations se sont mises en place, une "Chatte en hiver": une " graphic novel" jamais publiée entièrement dessinée à quatres mains, un tableau réalisé aussi à quatres mains à New-York " Ex voto monochrome, a ghetto mother's prayer" avec des ailes d'anges fixées sur le chassis, des commandes de portraits pour Mario Van Peebles ou d'autres personnalités. J'ai dessiné pour lui à diverses occasions, réalisé des accsessoires, comme pour sa reprise des chansons d'Aristide Bruand version Rap.
Provocateur, grand déconneur, discrètement sensible, pudique, parfois tragique, comme tout homme qui enfouit au fond de lui des drames inavoués, Melvin était un insoumis . Derrière les frasques et les farces de la bande d'Hara-Kiri, un homme qui décida un jour de ne plus courber l'échine, de devenir d' abord grâce à l'écriture ,comme son ami Chester Himes, et ensuite grace au cinéma, un humaniste.
Artiste et activiste, entre jeux d'acteur et happening, Sweetback joue de son corps nu et noir comme d'un matériau: A la fois corps politique et figure allégorique.
Premier réalisateur afro américains indépendant de l'histoire du cinéma, homme d'affaire, premier trader noir à la bourse de New-York, Melvin Van peebles, avec l'élégance d'un Zazou, a toujours su transgresser les normes d'une société américaine raciste et a posé les premières pierres d'une culture et d'une esthétique Afro Américaine.

Nathalie Bibougou. 2024.